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Logements sociaux Saint-Jorioz

Logements sociaux Saint-Jorioz

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2003 ARPEGE : OPÉRATION D’HABITAT SOCIAL À SAINT-JORIOZ

L’opération ARPEGE est une réalisation Habitat social
SA Mont Blanc.

Que n’a t-on pas dit sur les HLM ?
Depuis un demi-siècle, les théories et les projets les plus divers ont été élaborés pour améliorer l’habitat social.  Les architectes ont tous un avis sur la manière d’améliorer les prestations dans l’habitat social. Les uns travaillent sur le fond, les autres sur la forme. Quoiqu’il en soit, il faut bien admettre que la plus grande production d’habitat social répond à la stricte réalité du rapport économique entre la surface construite et la surface habitable ou utile. Il faut admettre que le programme a été laminé et passé à la dure réalité du plus petit dénominateur commun : l’usager ! Ce personnage sans âge, sans sexe et sans culture mais qui se satisfait des besoins primaires de dormir, de manger, de se reproduire, et de travailler. Satisfaire au plus grand nombre ou plutôt ne pas déplaire au plus grand nombre !

Nous avons ici, à Saint Jorioz,  comme partout ailleurs, un programme d’une grande pauvreté exprimé en  type de logements, de surface, et d’ensoleillement et qui de plus est cadré par une réglementation très stricte et très fouillée ; en particulier,  le nombre de pans ( 2 pans minimum), l’inclinaison des pentes de la toiture ( 60 %) et le matériau ( tuiles brunes)  sont  déterminés, les balcons et autres éléments en saillie doivent être couverts par l’avant toit, etc… .Les articles du PLU  qui ont pour mérite d’éviter le pire en matière d’architecture n’ont à l’inverse  certainement pas permis à l’architecture de donner  le meilleur.

La sociologie de l’habitat social a donc créé ces «  bois flottés » qui, balotés au gré des vagues ont perdu de leurs aspérités et ne présentent qu’une forme plus ou moins suggestive. Avec un peu de chance, la stricte formalisation du programme peut donner une forme architecturale intéressante mais le plus souvent le laminage sociologique de l’histoire associé au caractère réglementaire des documents d’urbanisme ne produisent qu’une forme sans caractère.  Constat accepté par tous, et chacun s’accorde alors à confier à l’architecte le soin d’embellir la façade :  «  L’architecte façadier « .

Et comment alors habiller la boîte ?

Nous avons tous été séduit par la force évocatrice d’un bois flotté. Elle permet d’éveiller une force créatrice naturelle exceptionnelle. On peut aborder l’architecture de l’habitat social de la même façon. Le programme définit une forme simple, souvent pauvre mais à force d’imagination elle devient toujours suggestive.
Une première piste est possible ; essayer de voir si la forme épurée est satisfaisante si oui je travaille dans ce sens  si non je suis une seconde piste : construire alors une histoire qui s’inspire du contexte, de l’environnement, du génie du lieu.

C’est cette deuxième piste qui a été suivie pour Arpège. J’aime les futurs occupants et je fais preuve de générosité. Je donne à l’usager la fierté d’habiter dans cette région, dans cette ville, dans son logement en satisfaisant à son désir inconscient de bien vivre, de bien habiter :

Ce désir prend plusieurs formes et plusieurs aspects.
Tout d’abord je fais l’inventaire de toutes les constructions locales à usage d’habitation les plus remarquables que j’aimerais habiter, puis j’en fais  l’analyse et je distingue les éléments architecturaux les plus signifiants qui peuvent enrichir le projet sans trop le charger financièrement. ( cf cahier de photos ).

Ensuite, je recherche les éléments naturels que je peux associer au projet. Ici, j’accroche  la nature. C’est le matériau naturel le plus noble et facilement accessible et de plus c’est un matériaux durable ; puis j’y ajoute la qualité de la matière, son aspect de surface et sa couleur ( car pour moi, matière, aspect et couleur font parti des éléments naturels).

Les chevrons des avant-toits sont apparents, les balcons sont larges et profonds et sont agrémentés de jardinières plantées, les matériaux sont généreux ( claustras, garde-corps et fils tendus sont en inox), le bardage décoratif, en faible proportion, en cuivre vert oxydé est au couleur du lac et couronne le dernier niveau, les teintes des jardinières sont de couleurs pastel.

Enfin, je cultive la différence et l’émulation qui naît de cette différence.
Tous les balcons sont différents par leur superficie, leur profondeur et leur traitement architectural. La différence évite le systématique, la répétition qui sont synonymes de pauvreté, de paresse et de stagnation. L’émulation c’est la juxtaposition des différences, la confrontation des objets et des situations. C’est un réveil de la créativité assez éloignée des  images extraites des revues abondamment illustrées de nos abonnements professionnels.

La «  boîte «  ainsi décorée est ensuite mise en situation dans son contexte urbain pour participer à l’animation du cœur du village.
La propriété est ouverte et un cheminement piéton paysager est créé  le long de la façade. Il relie les deux écoles.
La construction est légèrement en recul pour libérer un large trottoir comme espace public et les jardins de devant sont protégés par une clôture de type urbain, constituée d’un mur bahut et d’une grille ajourée accompagnée d’une haie. La végétation existante est en partie conservée. La végétation supprimée est remplacée par des arbres d’alignement en bordure de voie. Enfin, le stationnement n’est pas isolé, il participe à l’animation de l’espace public.

Chaque architecte cherche à se distinguer et à se faire reconnaitre pour avoir d’autres commandes.  C’est  l’essence même de son travail et de son enseignement artistique. Chaque architecte puise dans son catalogue d’images l’image originale qui fera la différence. Malheureusement,. Par exemple, combien de formes et de matériaux élaborés pour  réalisations  complexes et onéreuse peuvent très bien servir de base architecturale pour un programme pauvre d’habitat social. Puis ensuite , le projet économiquement trop lourd est  déshabillé jusqu’à sa plus plate nudité et bientôt nullité.

Si le programme est appauvri, reste à l’architecte de l’enrichir