Maîtrise d’oeuvre publique

Mairie de Leschaux

Mairie de Leschaux

 

PASCAL ROUSSEAU, ARCHITECTE DPLG / ALAIN ROUSCHMEYER, ARCHITECTE D’INTERIEUR

PRESENTATION DU PROJET

Je vais vous présenter un projet qui, à première vue, semblerait ne pas correspondre à l’échelle des interventions présentées précédemment, des interventions qui se situent à l’échelle du village ou du paysage.
Pourtant, comme vous le verrez, je parle bien de la même chose et j’interviens sur la même échelle. Nous parlons tous d’environnement, de paysages, d’urbanisme et d’architecture,

Au départ, le premier projet comportait deux constructions l’une pour la mairie, l’autre pour le garage communal, la bibliothèque enfants et la salle d’animation. Ce projet a ensuite été entièrement remanié à la baisse d’une part pour des raisons économiques mais aussi pour des raisons d’intégration paysagère :  la municipalité a donc choisi de regrouper les équipements en un seul volume : mairie, bibliothèque enfants et garage communal en rez-de-chaussée et salle d’animation à l’étage..

C’est un projet important pour la commune d’un point de vue fonctionnel  bien sûr, mais surtout d’un point de vue de l’image identitaire.

UN PROJET «  IDENTITAIRE »

Que représente une mairie et une salle polyvalente d’animation pour un petit village situé à deux pas d’Annecy et qui subit la pression foncière, culturelle, économique, touristique due à sa proximité avec lac, un petit village positionné sur un col entre le lac d’Annecy et le Parc des Bauges ?

La première question qui nous vient naturellement à l’esprit c’est :
à quoi ça sert une mairie?

D’un point de vue strictement fonctionnel , il faut bien l’avouer à pas grand chose :
célébrer les mariages, accueillir les élections, faciliter les démarches administratives
et renseigner le touriste.
Le fonctionnement d’une mairie est d’une telle simplicité qu’il en devient pauvre : une salle du conseil pour 11 élus, un bureau d’accueil, un bureau du maire, un local de rangement. Le tout rentrerait au rez-de-chaussée d’une villa.

Posons-nous la même question pour la salle d’animation : à quoi sert une salle polyvalente d’animation? A quoi  ça va nous servir ?

On peut avoir ici des réponses plus riches parce que c’est justement polyvalent, on y trouve aussi un caractère à la fois public, privé et intercommunal.

Ca sert en vrac à :

  • L’évolution des petits élèves et le local pour la gym des adultes  (y compris  le rangement du matériel).
  • Réunir les associations
  • Tournoi de cartes
  • Accueillir les gens du village
  • Réaliser des banquets de mariage, des fêtes  un local de repli pour le bal de l’été – 150 repas-et pourquoi pas un bal l’hiver ?)
  • Accueillir des conférences, des expositions et des manifestations (fêtes des mères,  expo sur le bois, les scieries, les moulins…)
  • La fête des écoles.
  • Projeter des films
  • Louer aux privés pour des réunions de familles avec un traiteur (livraisons incluses)

Il est évident que la salle polyvalente d’animation est un lieu ludique festif, ouvert à l’inverse d’une mairie qui se veut un équipement plus institutionnel, plus «sérieux ».
Mais si on se limite à cette approche purement fonctionnelle, un simple hangar ou une vieille grange  de 300 m2 pourraient suffire à contenir la salle d’animation et la mairie.

Si l’architecte s’en tient à ce seul point de vue fonctionnel, c’est que cet architecte est un peu fainéant ou intellectuellement un peu limité.
Il faut trouver autre chose pour faire de l’architecture et aller plus loin dans l’émotion.

En fait consciemment ou inconsciemment, une construction qui associe une mairie et une salle polyvalente d’animation porte en elle une signification pour la population qui dépasse la simple fonctionnalité étroite du comment ça marche ou du à quoi ça sert,
pour s’ouvrir à l’image identitaire de la commune.
Je peux ainsi rapprocher la construction d’une mairie et d’une salle polyvalente à la construction de l’image identitaire de la commune.

Il est nécessaire alors de se poser d’autres questions.  Les réponses à ces questions font intégralement partie du cahier des charges et du programme à prendre en compte dans le projet.

Par exemple :

1- Quel est le positionnement de la commune par rapport à son passé et à son devenir?

Il y a 50 ans, comment était LESCHAUX ? Aujourd’hui  LESCHAUX c’est quoi ?
Et dans 50 ans. Leschaux, ça sera quoi ?

La mairie doit-elle être à l’image du passé, à l’image du présent ou à l’image du futur de Leschaux ?

Le projet qui se construit dans le présent, en 2006/2007, s’inspire à la fois du passé mais imagine le futur.
Une mairie c’est un équipement « intemporel « qui à  la fois doit s’appuyer sur le passé, traduire les valeurs du présent et projeter un idéal pour l’avenir.
Construire c’est pour 50 ans et plus. Que va devenir LESCHAUX dans 50 ans ? Il n’est pas bon d’analyser ce type d’équipement avec les valeurs du présent et encore moins avec celles du passé. C’est cette réflexion, cette problématique entre passé et futur, entre identité et modernité, entre Lac et Parc qui sont intéressantes dans ce projet.

2-Construire en un lieu !

Pour l’architecte, le paysage et le lieu  constituent deux sources essentielles d’inspiration et d’énergie à la création.

Quelle est l’importance du lieu d’implantation? Quelle émotion procure le lieu d’implantation et comment le bâtiment vat-il intensifier cette émotion ? Qu’y a t-il autour ? Quels sont les bâtiments voisins et quels rôles jouent-t-ils dans la dynamique sociale et urbaine ?

Le terrain d’assiette présente deux caractéristiques majeures :

  • Il occupe une position belvédère et est visible à la fois de la RN qui passe en contre-bas  et des routes du versant opposé. Sa position vitrine est du plus grand intérêt et mérite une attention particulière. De ce lieu on voit et on est vu.
  • Il se situe entre l’église et le coeur bâti du chef-lieu. La route qui les relie confère au village un aspect de village rue, très linéaire. Peut–on espérer créer la centralité manquante dans ce village étiré tout le long d’une voie peu passante ?

C’est grâce à la forme oblongue et aux larges baies vitrées que j’ai traduit cette poétique de la situation : l’effet belvédère et la vision panoramique sur la vallée, la spécificité du col  (1100m), le lien, la suture entre deux territoires, entre deux départements, entre deux entités géographiques et culturelles fortes, le Parc et le Lac.

3-L’acte de construire
Quelques questions aussi sur l’intégration de l’architecture et des matériaux  dans l’environnement paysager
Dans le passé, on construisait d’une certaine manière avec certains matériaux. Aujourd’hui les besoins ont changé, les normes de confort ont évolué, les matériaux et les moyens de leur mise en œuvre sont différents ;  ils sont plus variés, le choix est plus vaste et par conséquent plus complexe….

Comment se positionner alors ? Doit-on faire œuvre d‘un mimétisme frileux en recopiant le passé ou faire preuve d‘une modernité débridée en interprétant l’avenir ?

Faire un projet architectural c’est répondre aussi à toutes ces questions. Choisir un parti architectural c’est se saisir d’un lieu, opter pour un concept, choisir un mode de construction et se positionner dans le temps.

Pour la volumétrie générale de la construction, je me suis inspiré des volumes traditionnels vernaculaires ; un volume compact, simple, couvert par un large toit à quatre pans avec de larges débords de toiture pour se protéger des intempéries. Les larges débords de  toiture et la forme arrondie aux deux extrémités de la construction rappellent la toiture désaxée des constructions traditionnelles.
Le bâtiment est composé en deux niveaux horizontaux superposés : les proportions des constructions traditionnelles anciennes sont retrouvées et réactualisées : la mairie en partie basse occupe le volume maçonné  et la salle d’animation avec les baies vitrées soutenues par des poteaux en bois occupe la partie haute ; le bardage bois a été simplement remplacé par du verre.Pour les façades, j’ai choisi un acier autopatinable de teinte rouille, clin d’oeil en hommage aux nombreuses façades et toitures anciennes rafistolées de tôles rouillées jugées à tort inesthétiques. Elles laissent les traces de l’évolution des pratiques et des matériaux, traces de cette adaptation perpétuelle et de ce rapport éternel entre besoins, confort, formes et matériaux.Une lasure grise, teinte du vieux bois soumis aux intempéries, est appliquée à tous les éléments de charpente en bois neuf. La maçonnerie est en béton lasuré  orangé, de teinte du lichen environnant.

 

4- Le projet d’architecture doit aussi jouer un rôle identitaire et social dans le projet urbain.

Comment la mairie associée à une salle polyvalente et à une école peut–elle jouer un rôle urbain dynamique au point de vue associatif et culturel ?

J’ai positionné  la construction en retrait de la route pour dégager une placette qui fédère les accès à l’école, la mairie, la salle d’animation, le jardin potager, le garage communal, la bibliothèque, l’arrêt de bus.
Une rangée de bancs et quatre arbres cernent symboliquement l’espace.
La construction de la mairie a donc permis de donner le lieu de convivialité et de rassemblement composé d’une demi-douzaine de micro-lieux et  de micro-ambiances : une placette, un banc, une aire de jeux d’enfants, un escalier, un potager, un jardin , un parvis, un arrêt de car, une entrée de l’école, etc…

J’ai voulu que l’entrée de la mairie soit noble et sérieuse. Elle est marquée par un vitrage de double hauteur entouré de deux balcons pour former une porte. Le balcon et la porte sont là ; ce sont des éléments symboliques de la mairie ; c’est du balcon que le maire fait son discours et c’est là où s’affichent les valeurs de la République !

Les locaux du  rez-de-chaussée sont clairement distribués et conçus pour pouvoir évoluer selon les besoins de la commune. Le garage communal et la bibliothèque servent d’espace pour contenir une  future extension.
Les  larges baies vitrées du bureau du maire et de la salle du conseil marquent la transparence et l’ouverture « démocratique ».

J’ai dessiné un escalier paysager «monumental» avec de larges marches ; ill marque l’accès à la salle d’animation située au niveau supérieur. Le parvis de la salle est abrité par l’avant-toit.

Le potager et le jardin sont comme des salles d’animation de plein air dont l’usage est directement lié à celui de la salle principale
J’ai conçu la salle d’animation comme une nef spacieuse ponctuée en fond de scène par un coeur semi- circulaire composé de  larges baies vitrées occultables à souhait. Le plafond suit le rampant de la toiture ; les fermes et les éléments de charpente traditionnels sont visibles, le volume est ainsi largement dégagé. Une telle forme crée une ambiance  plus chaleureuse et plus  confortable qu’une simple salle rectangulaire à plafond plat.

 

5- Quelques réflexions sur ma manière de voir l’intégration paysagère et mon devoir d’architecte.

Pour conclure j’aimerais expliciter quelques points sur la notion un peu galvaudée « d’intégration paysagère ».

Le paysage constitue une source d’inspiration et d’énergie à la création et l’architecte qui  ne fait pas allégeance au lieu dans toutes ses dimensions ne réussit pas l’intégration paysagère de son projet.
« L’intégration paysagère d’un projet »  ne peut donc pas être le résultat d ‘un mimétisme hégémonique, frileux et superficiel, de premier degré ou de surface, c’est le résultat de :
-    une observation complète et minutieuse de tous les éléments du paysage
-    un dialogue entre une demande fonctionnelle et identitaire avec son environnement.
-  une volonté engagée de faire du résolument contemporain qui, en ré-interprétant le passé et le paysage, le fait vivre, amplifier et évoluer.

L’architecte a donc pour devoir de se plonger totalement dans le paysage et d’utiliser toute son intelligence, son émotion et son professionnalisme ; de mettre tout ça dans son oeuvre afin que le paysage dans toutes ses dimensions  devienne encore plus compréhensible pour l’observateur et l’usager.

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